
Les lois sur l'assurance emprunteur, de Lagarde à Lemoine
- Par Jaafar Wahid
- août 14, 2026
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Réponse directe : quatre textes ont fait le droit de l’assurance emprunteur — la loi Lagarde (2010) qui ouvre le libre choix de l’assureur, la loi Hamon (2014) qui ouvre douze mois pour changer, l’amendement Bourquin (2017) qui ouvre une fenêtre annuelle, et la loi Lemoine (2022) qui supprime toute contrainte de calendrier. Seul le dernier s’applique aujourd’hui : résiliation à tout moment, sans préavis ni frais. Cette page retrace ce que chaque texte a changé, pourquoi ils se sont succédé, et ce qui n’a jamais bougé.
Le droit de l’assurance emprunteur s’est construit par étapes, chacune corrigeant la limite de la précédente. Voici les quatre textes qui structurent la matière, et ce que chacun a réellement ouvert.
| Texte | Ce qu’il a ouvert | Sa limite |
|---|---|---|
| Loi Lagarde n° 2010-737 du 1er juillet 2010 | Le droit de choisir un assureur autre que celui de la banque, et l’interdiction faite au prêteur de refuser pour un autre motif que l’équivalence des garanties | Ce droit ne jouait qu’à la souscription : une fois l’offre signée, l’emprunteur était captif |
| Loi Hamon n° 2014-344 du 17 mars 2014 | La résiliation pendant les douze premiers mois du prêt, sans frais | Une fenêtre de douze mois, avec un préavis de quinze jours : beaucoup la découvraient après l’avoir perdue |
| Amendement Bourquin loi n° 2017-203 du 21 février 2017 | La résiliation annuelle à la date anniversaire, au-delà de la première année | Le texte ne précisait pas de quelle date anniversaire il s’agissait ; combinée au préavis de deux mois, l’ambiguïté réduisait la fenêtre utile à quelques jours |
| Loi Lemoine n° 2022-270 du 28 février 2022 | La résiliation à tout moment, la suppression du questionnaire de santé sous conditions, le droit à l’oubli ramené à cinq ans | Elle ne touche ni aux tarifs, ni à l’exigence d’assurance, ni au contrôle de l’équivalence |
Lu dans l’ordre, cet enchaînement raconte une seule et même histoire : le principe du libre choix était acquis dès 2010, mais il a fallu douze ans pour le rendre praticable.
Le contrôle de fond, lui, n’a jamais bougé : c’est toujours l’équivalence des garanties qui décide, et c’est aujourd’hui le seul terrain sur lequel une substitution peut échouer.
Les quatre lois précédentes portent sur le droit de changer. D’autres dispositifs, moins connus, portent sur ce que vous devez pouvoir lire et comparer — et ce sont eux qui vous serviront le jour où vous monterez un dossier.
| Dispositif | À quoi il sert |
|---|---|
| La fiche standardisée d’information (FSI) | Elle doit vous être remise dès la première simulation de prêt et liste nommément les critères d’équivalence que votre banque exige. C’est le document central de toute substitution. |
| Le TAEA | Le taux annuel effectif de l’assurance, créé par la loi de séparation et de régulation des activités bancaires du 26 juillet 2013. Il ramène le coût de l’assurance à un pourcentage annuel comparable d’un contrat à l’autre. |
| La grille du CCSF | 18 critères sur les garanties décès, PTIA, incapacité et invalidité, plus 8 sur la perte d’emploi. Chaque banque en retient 11 au maximum, plus 4 si elle exige la perte d’emploi. |
| La convention AERAS | Un accord entre l’État, les fédérations professionnelles et les associations de malades, qui organise l’accès à l’assurance en cas de risque de santé aggravé : examen en trois niveaux, grille de référence, écrêtement des surprimes sous plafond de revenus. |
| Le droit à l’oubli | Entré dans la loi en 2016, ramené à cinq ans par la loi Lemoine : passé ce délai après la fin du protocole thérapeutique et sans rechute, une pathologie cancéreuse ou une hépatite virale C ne peut plus être déclarée ni pénalisée. |
| Ce que vous cherchez | Où c’est traité |
|---|---|
| Le texte applicable aujourd’hui, la procédure et le courrier à envoyer | Résiliation et loi Lemoine |
| Ce que prévoyait la loi Hamon, et son volet auto et habitation toujours en vigueur | Loi Hamon |
| La date anniversaire, et que faire si on vous l’oppose encore | Amendement Bourquin |
| La démarche complète de substitution, étape par étape | Changer son assurance de prêt |
| Ce que l’assureur peut demander sur votre santé | Questionnaire de santé |
| Les règles communes à tous les contrats | Assurance emprunteur |
La loi n° 2022-270 du 28 février 2022, dite loi Lemoine. Elle apporte trois changements : la résiliation à tout moment, la suppression du questionnaire de santé sous deux conditions cumulatives, et le droit à l’oubli ramené à cinq ans. Elle s’applique depuis le 1er juin 2022 aux nouvelles offres de prêt et depuis le 1er septembre 2022 à tous les contrats en cours.
Elle les rend sans objet en pratique. La résiliation à tout moment couvre à la fois le délai de douze mois ouvert par la loi Hamon et l’échéance annuelle ouverte par l’amendement Bourquin. Ces textes figurent toujours au code, mais un emprunteur n’a plus aucune raison de s’y référer. Ce qui n’a pas changé : l’équivalence des garanties reste la condition, et la banque conserve dix jours ouvrés pour répondre.
Cinq ans après la fin du protocole thérapeutique et en l’absence de rechute, aucune information médicale ne peut être demandée sur les cancers et sur l’hépatite virale C. Ni surprime ni exclusion ne peuvent être appliquées à ce titre. Avant la loi Lemoine, ce délai était de dix ans pour les adultes.
Quand deux conditions sont réunies simultanément : l’encours cumulé assuré ne dépasse pas 200 000 € par assuré, tous crédits confondus, et le remboursement s’achève avant votre 60e anniversaire. Un couple assuré à 50 % / 50 % peut donc financer un projet de 400 000 € sans questionnaire. Si l’un des deux seuils est dépassé, le questionnaire redevient obligatoire.
Pour la résiliation, oui : depuis le 1er septembre 2022, tous les contrats en cours sont résiliables à tout moment, quelle que soit leur date de signature. Pour la suppression du questionnaire de santé, la règle joue à la souscription d’un contrat — y compris un contrat de substitution — dès lors que les deux seuils sont respectés.
Oui, mais sur un seul motif : l’absence d’équivalence des garanties. Le refus doit être écrit, motivé et notifié dans les dix jours ouvrés suivant la réception d’un dossier complet. Passé ce délai sans réponse motivée, l’absence de refus vaut acceptation. Ni le prix, ni l’identité de l’assureur ne sont des motifs recevables.

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