Lutte renforcée contre les fraudes DPE : le gouvernement fixe enfin la limite

Le renforcement de la lutte contre les fraudes DPE marque un tournant décisif dans la politique de rénovation énergétique française. En fixant des limites claires et en instaurant des contrôles systématiques, le gouvernement répond à une préoccupation majeure des consommateurs tout en consolidant la crédibilité d’un outil central de la transition écologique.

Les nouvelles mesures qui entreront en vigueur en août 2025 devraient permettre de réduire considérablement les cas de fraude, estimés aujourd’hui à plus de 7% des diagnostics réalisés. Cette fiabilisation du DPE est essentielle pour garantir la transparence du marché immobilier et orienter efficacement les investissements en matière de rénovation énergétique.

Face à la multiplication des fraudes liées au Diagnostic de Performance Énergétique (DPE), le gouvernement français vient d’annoncer un renforcement significatif des contrôles et des sanctions. Cette décision, attendue depuis longtemps par les associations de consommateurs, marque un tournant dans la politique de rénovation énergétique des logements.

Contexte des fraudes au DPE : un phénomène en expansion

L’ampleur du problème

Le Diagnostic de Performance Énergétique est devenu un document central dans la politique de rénovation énergétique française. Obligatoire lors de toute vente ou location immobilière depuis 2006, il a pris une importance considérable avec la loi Climat et Résilience de 2021, qui interdit progressivement la location des logements énergivores (classés F et G).

Selon l’Observatoire National de la Rénovation Énergétique, plus de 15% des DPE réalisés en 2023 présenteraient des anomalies significatives. Parmi ces cas, environ 7% relèveraient de fraudes caractérisées, avec des manipulations délibérées visant à améliorer artificiellement la classe énergétique des biens.

Types de fraudes identifiés

Les services de contrôle ont identifié plusieurs formes de fraudes au DPE :

  • DPE réalisés sans visite effective du logement (diagnostics « à distance »)
  • Manipulation des données d’entrée (surfaces, isolation, équipements)
  • Utilisation de logiciels non homologués ou modifiés
  • Diagnostics réalisés par des personnes non certifiées
  • Falsification pure et simple des résultats finaux

Un cas emblématique révélé en janvier 2024 concernait un réseau de diagnostiqueurs qui proposait ouvertement, via des plateformes en ligne, d’améliorer artificiellement les étiquettes énergétiques moyennant des suppléments tarifaires. Cette affaire a accéléré la prise de conscience gouvernementale.

Nouvelles mesures gouvernementales : limites légales et sanctions

Cadre législatif renforcé

L’arrêté ministériel du 15 juin 2025, publié au Journal Officiel le 20 juin, établit un nouveau cadre réglementaire pour lutter contre les fraudes DPE. Ce texte, qui entrera en vigueur le 1er août 2025, s’articule autour de trois axes principaux :

AxeMesures principalesApplication
Contrôles renforcésAugmentation de 300% du nombre de contrôles aléatoires, mise en place d’un algorithme de détection des anomalies statistiquesÀ partir du 1er août 2025
Sanctions alourdiesAmendes pouvant atteindre 50 000€ par infraction, suspension immédiate de certification, responsabilité pénale engagéeApplicable aux infractions constatées après le 1er juillet 2025
Transparence accruePublication d’une liste noire des diagnostiqueurs sanctionnés, traçabilité complète des modifications apportées aux diagnosticsMise en place progressive jusqu’en décembre 2025

Nouvelles obligations pour les diagnostiqueurs

Les professionnels du diagnostic immobilier devront désormais :

  • Documenter photographiquement chaque visite (minimum 8 photos géolocalisées et horodatées)
  • Conserver l’intégralité des données brutes pendant 10 ans (contre 5 actuellement)
  • Utiliser exclusivement les logiciels certifiés par l’État avec traçabilité des calculs
  • Suivre une formation spécifique anti-fraude tous les 2 ans
  • Signer une charte déontologique renforcée sous peine de suspension immédiate

Le ministre de la Transition Écologique a déclaré : « Ces mesures sans précédent visent à restaurer la confiance dans un outil central de notre politique de rénovation énergétique. Le DPE ne doit plus être perçu comme une simple formalité administrative mais comme un véritable instrument de transition écologique. »

Pourquoi cette lutte renforcée contre les fraudes DPE ?

Enjeux pour la transition écologique

La lutte renforcée contre les fraudes DPE s’inscrit dans une stratégie nationale plus large de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le secteur du bâtiment représente près de 45% de la consommation énergétique française et 25% des émissions de CO2. La fiabilité du DPE est donc essentielle pour :

Objectifs environnementaux

  • Atteindre la neutralité carbone d’ici 2050
  • Réduire de 40% la consommation d’énergie du parc immobilier d’ici 2030
  • Éliminer progressivement les « passoires thermiques » (logements classés F et G)
  • Orienter efficacement les 13,2 milliards d’euros d’aides à la rénovation

Conséquences des fraudes

  • Sous-estimation des besoins réels de rénovation
  • Mauvaise allocation des aides publiques
  • Retard dans l’atteinte des objectifs climatiques
  • Décrédibilisation de la politique énergétique
  • Maintien de logements énergivores sur le marché locatif

Protection des consommateurs

Au-delà des enjeux environnementaux, cette lutte vise à protéger les consommateurs contre plusieurs préjudices :

  • Achat ou location de biens dont la performance énergétique réelle est inférieure à celle annoncée
  • Factures énergétiques bien plus élevées que prévu
  • Dévalorisation ultérieure du bien lors d’un contrôle révélant sa véritable performance
  • Impossibilité future de louer un bien mal classé (interdiction progressive des classes F et G)
  • Travaux de mise aux normes imprévus et coûteux

« Un DPE frauduleux n’est pas une simple erreur administrative, c’est une tromperie qui peut coûter des dizaines de milliers d’euros aux consommateurs et compromettre notre transition écologique. »

Présidente de l’Association Nationale de Défense des Consommateurs

Le plafond fixé par le gouvernement pour les résultats de DPE

Mécanisme de plafonnement des améliorations

L’une des innovations majeures de l’arrêté du 15 juin 2025 est l’instauration d’un système de plafonnement des améliorations de classe énergétique. Ce mécanisme vise à détecter automatiquement les améliorations suspectes entre deux diagnostics successifs d’un même bien.

Concrètement, le texte établit qu’en l’absence de travaux de rénovation dûment documentés :

Classe initialeAmélioration maximale autoriséeConditions de dépassement
G1 classe (→ F)Justificatifs de travaux + contre-visite
F1 classe (→ E)Justificatifs de travaux + contre-visite
E2 classes (→ C)Rénovation globale certifiée
D2 classes (→ B)Rénovation globale certifiée
C et mieux1 classeCertification par organisme indépendant

Système de vérification automatique

En complément du plafonnement, un système de vérification automatique sera déployé à partir d’août 2025. Ce dispositif analysera en temps réel les données saisies par les diagnostiqueurs et signalera :

  • Les écarts statistiquement improbables par rapport aux moyennes du parc immobilier
  • Les incohérences internes dans les données saisies (ex: isolation déclarée incompatible avec l’année de construction)
  • Les améliorations suspectes entre deux diagnostics successifs
  • Les diagnostics réalisés en un temps anormalement court
  • Les diagnostiqueurs présentant des taux d’amélioration statistiquement aberrants

Période transitoire : Du 1er août au 31 décembre 2025, les diagnostics dépassant les seuils ne seront pas automatiquement rejetés mais feront l’objet d’une vérification manuelle par un contrôleur assermenté. À partir du 1er janvier 2026, le système de rejet automatique entrera pleinement en vigueur.

Ces mesures s’accompagnent d’une refonte complète de la méthode de calcul du DPE, avec l’introduction de la version 2.0 du moteur de calcul qui intégrera des garde-fous supplémentaires contre les manipulations.

Conséquences pour les professionnels et les fraudeurs identifiés

Sanctions administratives et pénales

Le nouveau dispositif de lutte contre les fraudes DPE instaure un régime de sanctions considérablement renforcé. Les fraudeurs s’exposent désormais à :

Type de sanctionInfractions mineuresInfractions gravesFraudes organisées
Amendes administratives1 500€ à 5 000€5 000€ à 15 000€15 000€ à 50 000€
Suspension de certification1 à 3 mois3 à 12 moisRetrait définitif
Sanctions pénalesNon applicableJusqu’à 2 ans d’emprisonnementJusqu’à 5 ans d’emprisonnement
Dommages et intérêtsRemboursement + 20%Remboursement + 50%Remboursement + préjudice total

Ces sanctions peuvent être cumulatives et s’appliquent par infraction constatée. Un diagnostiqueur ayant réalisé plusieurs DPE frauduleux pourra donc voir les amendes se multiplier.

Impact sur la profession

Pour les 12 000 diagnostiqueurs immobiliers exerçant en France, ces nouvelles mesures entraînent des changements profonds :

Nouvelles contraintes

  • Investissement dans des équipements de mesure plus précis
  • Formation continue obligatoire (40h/an contre 24h actuellement)
  • Assurance responsabilité civile professionnelle aux garanties élargies
  • Temps de réalisation des diagnostics allongé (2h minimum imposé)
  • Coûts administratifs supplémentaires liés à la traçabilité

Opportunités

  • Revalorisation des tarifs pour les professionnels sérieux
  • Élimination de la concurrence déloyale
  • Reconnaissance accrue de l’expertise technique
  • Développement de services complémentaires de conseil
  • Amélioration de l’image de la profession

Les organismes de certification des diagnostiqueurs seront également soumis à un contrôle renforcé. Trois d’entre eux ont déjà reçu un avertissement pour manque de rigueur dans leurs procédures de contrôle, et l’un pourrait voir son agrément suspendu dès juillet 2025.

Le ministère de la Transition Écologique a également annoncé la création d’une brigade spécialisée de 50 contrôleurs assermentés, chargés exclusivement de la lutte contre les fraudes DPE sur l’ensemble du territoire.

Réactions des associations et des acteurs immobiliers

Position des associations de consommateurs

Les principales associations de défense des consommateurs ont globalement salué ces nouvelles mesures, tout en émettant quelques réserves :

« Ces mesures vont dans le bon sens, mais arrivent tardivement. Des milliers de consommateurs ont déjà été victimes de fraudes et se retrouvent avec des biens dont la valeur réelle est bien inférieure à celle qu’ils croyaient acquérir. Nous demandons la mise en place d’un fonds d’indemnisation pour ces victimes. »

Porte-parole de l’UFC-Que Choisir

L’Association Nationale de Défense des Consommateurs et Usagers (CLCV) a particulièrement insisté sur la nécessité d’une meilleure information des consommateurs. Elle a obtenu que soit ajoutée à chaque DPE une notice explicative détaillant les recours possibles en cas de suspicion de fraude.

Réactions des professionnels de l’immobilier

Du côté des professionnels, les réactions sont plus contrastées :

Fédération des Diagnostiqueurs

La Fédération Nationale des Diagnostiqueurs Immobiliers (FNDI) reconnaît la nécessité de lutter contre les fraudes mais s’inquiète des conséquences pour les petites structures :

  • Augmentation des coûts opérationnels estimée à 15-20%
  • Risque de concentration du secteur au profit des grands groupes
  • Délais d’obtention des DPE qui pourraient s’allonger
  • Demande d’une période transitoire plus longue

Agents immobiliers

La FNAIM (Fédération Nationale de l’Immobilier) soutient globalement la réforme mais soulève plusieurs points d’attention :

  • Risque de ralentissement des transactions immobilières
  • Hausse des prix des diagnostics répercutée sur les vendeurs
  • Besoin de clarification sur la responsabilité des agents
  • Demande de formation spécifique pour mieux détecter les fraudes

Position des pouvoirs publics

Face à ces réactions, le ministère de la Transition Écologique a annoncé plusieurs mesures d’accompagnement :

  • Mise en place d’une ligne téléphonique dédiée pour les professionnels
  • Sessions d’information gratuites dans chaque département
  • Période de tolérance de 4 mois pour l’adaptation aux nouvelles normes
  • Subvention pour l’acquisition des nouveaux équipements de mesure
  • Création d’un observatoire des prix pour éviter les dérives tarifaires

Conseils pratiques pour les propriétaires et vendeurs

Comment vérifier la fiabilité de son DPE

Face au risque de fraude, les propriétaires et acquéreurs peuvent prendre plusieurs précautions :

  1. Vérifier les qualifications du diagnostiqueur : Demandez son numéro de certification et vérifiez sa validité sur l’annuaire officiel du ministère.
  2. Exiger une visite complète : Un DPE sérieux nécessite une inspection minutieuse de toutes les pièces, des combles aux sous-sols. Méfiez-vous des diagnostics réalisés en moins d’une heure.
  3. Demander les justificatifs de calcul : Le diagnostiqueur doit pouvoir fournir les données brutes utilisées pour son calcul.
  4. Comparer avec les logements similaires : Un écart important avec des biens comparables doit éveiller les soupçons.
  5. Vérifier la cohérence avec les factures énergétiques : Une consommation réelle très supérieure à celle estimée par le DPE peut indiquer un problème.

À partir de septembre 2025, un service public de vérification en ligne permettra à tout citoyen de soumettre un DPE à une analyse automatique de cohérence. Ce service gratuit sera accessible sur le site gouvernemental france-renov.gouv.fr.

Que faire en cas de suspicion de fraude

Si vous suspectez qu’un DPE est frauduleux, voici la marche à suivre :

Démarches immédiates

  • Contacter le diagnostiqueur pour demander des explications
  • Exiger une contre-visite en votre présence
  • Demander une vérification par un autre professionnel
  • Conserver toutes les preuves (échanges, factures, rapport)
  • Signaler le cas sur la plateforme SignalConso

Recours possibles

  • Saisir l’organisme de certification du diagnostiqueur
  • Déposer une plainte auprès de la DGCCRF
  • Contacter une association de consommateurs
  • En cas de vente récente, engager une action en justice
  • Utiliser la médiation de la consommation

Protéger ses droits lors d’une transaction

Pour les vendeurs comme pour les acquéreurs, plusieurs précautions peuvent être prises :

  • Inclure une clause suspensive liée à la vérification du DPE dans le compromis de vente
  • Faire réaliser un contre-diagnostic par un professionnel différent en cas de doute
  • Conserver les factures énergétiques des trois dernières années pour comparaison
  • Documenter l’état du bien avec des photos lors de la visite
  • Vérifier que l’assurance habitation couvre les conséquences d’un DPE frauduleux

Questions fréquentes sur les fraudes au DPE

Comment reconnaître un DPE potentiellement frauduleux ?

Un DPE potentiellement frauduleux présente souvent plusieurs signaux d’alerte : une amélioration spectaculaire par rapport à un diagnostic précédent sans travaux justificatifs, une classe énergétique nettement meilleure que des logements similaires dans le même immeuble, des incohérences entre les caractéristiques décrites et l’âge du bâtiment, ou encore un diagnostic réalisé en un temps anormalement court. Si le diagnostiqueur n’a pas visité toutes les pièces ou n’a pas pris de mesures précises, la méfiance est également de mise.

Quelles sont les conséquences d’acheter un bien avec un DPE frauduleux ?

Acheter un bien avec un DPE frauduleux peut entraîner plusieurs conséquences négatives : des factures énergétiques bien plus élevées que prévu, des travaux de rénovation coûteux non anticipés, une dévalorisation du bien lors d’une revente ultérieure, et potentiellement l’impossibilité de louer le bien si sa véritable classe énergétique est F ou G (interdites progressivement à la location d’ici 2028). Sur le plan juridique, l’acquéreur peut engager la responsabilité du vendeur pour vice caché ou dol, mais ces procédures sont souvent longues et coûteuses.

Les nouvelles mesures s’appliquent-elles aux DPE déjà réalisés ?

Les nouvelles mesures de contrôle ne s’appliquent pas rétroactivement aux DPE déjà réalisés, qui conservent leur validité légale (10 ans pour les DPE réalisés après juillet 2021, 3 ans pour les plus anciens). Toutefois, en cas de suspicion de fraude sur un DPE existant, il sera possible de le signaler sur la nouvelle plateforme de signalement qui sera mise en place en août 2025. Si une fraude est avérée après enquête, le DPE pourra être invalidé et le diagnostiqueur sanctionné, même pour des diagnostics antérieurs à la réforme.

Qui paie pour un nouveau DPE si le premier est invalidé pour fraude ?

Si un DPE est invalidé pour fraude avérée, le diagnostiqueur est tenu de rembourser intégralement ses honoraires et de financer un nouveau diagnostic réalisé par un professionnel différent. Si le bien a été vendu entre-temps, le diagnostiqueur peut également être condamné à verser des dommages et intérêts couvrant la différence de valeur du bien. L’assurance responsabilité civile professionnelle du diagnostiqueur doit obligatoirement couvrir ces risques, avec des plafonds relevés à partir d’août 2025.

Le prix des DPE va-t-il augmenter avec ces nouvelles mesures ?

Une augmentation modérée du prix des DPE est probable en raison des nouvelles exigences techniques et du temps supplémentaire nécessaire pour réaliser un diagnostic conforme. Les estimations du ministère évoquent une hausse moyenne de 15 à 25%. Cependant, un observatoire des prix sera mis en place pour éviter les dérives tarifaires, et le gouvernement a annoncé qu’une aide financière pourrait être proposée aux ménages modestes pour couvrir ce surcoût. À moyen terme, l’élimination des acteurs frauduleux devrait permettre une stabilisation des prix à un niveau reflétant la véritable valeur de cette prestation technique.

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